Ascension de l’Illimani

J18 : 21/9/2017

Départ à 2h30, François et moi n’avons pas dormi, Eric a pris un Diamox. Nous avons tous les 2 ressentis des difficultés de respiration et avons fait des rêves tordus. Nous mettons ça sur le dos du mal des montagnes.

Pantalon Goretex, chaussures de glacier, guêtres, crampons, piolet, gants polaire, cagoule, double manteau, casque, baudrier, frontale… ça caille et ça va se mériter.

Il y a 3 cordées :

  • François avec Marcello
  • Alexandra avec Ariel
  • Eric, 3ème de cordée, moi, 2eme de cordée avec Hilarion, notre guide

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Nous avançons à un rythme lent et régulier. La pente est raide.

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Photo prise la veille, on devine la trace

Nous traversons plusieurs champs de pénitents. Il s’agit de blocs de glace/neige de plusieurs dizaines de centimètres de haut. Ils sont formés par le vent. Autour des pénitents la neige est molle et s’enfonce facilement jusqu’au genoux. Nous devons donc marcher dessus comme sur le bord d’un trottoir de neige.

Alexandra vomi plusieurs fois. L’abandon est proche mais elle tient le coup.

Sortis des pénitents, un mur de neige de 60 degrés d’inclinaison nous fait face. Je ne parviens pas à voir le haut avec ma frontale. Nous commençons à faire des lacets. Avec crampons et piolets, nous nous enfonçons parfois jusqu’à la cuisse.

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Photo prise à la descente

Il est 6h30, nous devinons le soleil de l’autre côté du mur que nous grimpons. La température est de l’ordre de -15 où -20 degrés car j’ai froid dans mes chaussures de glacier et mes gants polaires. La météo semble clémente. La mer de nuage s’étend tout autour du massif.

A peine à 1/3 du mur, je demande l’altitude. Je sais que le sommet est autour de 6400m. La réponse est 6004 ! Nous avons fait la moitié… Je suis découragé, forces et mental me quittent. J’envisage d’abandonner. Hilarion ne me laisse pas le temps de me perdre dans mes pensées. Nous continuons très très lentement. Les effets de l’altitude se font de plus en plus sentir (mal de ventre, état mental instable, difficulté de respiration, mal de tête).

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Un passage technique survient. Toujours avec une pente considérable, il faut contourner 2 crevasses en passant sur un pont de neige. Ensuite, il faut longer un ressac et un couloir d’avalanche.

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Nous arrivons face au soleil sur la combe. Il s’agit d’un plateau reliant les différents sommets. Nous sommes à 6200m, il reste… 260m à monter.

Il me faut un long moment et du ravitaillements avant de me décider. François semble HS aussi. Pas question de s’arrêter si proche. Eric est en forme. Hilarion raccourci la corde de manière à pouvoir me tirer. Je le suis comme un zombie luttant contre des nausées, le mal de tête, des états mentaux aberrants, respiration haletante… Avec le soleil, la vue de notre objectif et l’aide de la cordée, je reprends quelques forces.

Nous atteignons le sommet ! (8h30)

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La vue est exceptionnelle. Il n’y a aucun sommet à la même hauteur aux alentours. Une immense mer de nuage s’étend sur l’altiplano ne laissant apparaître que le sommet des montagnes. Quelle beauté, quelle satisfaction, nous nous embrassons et nous félicitons longuement.

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Le sommet est bordé d’une immense crevasse. On aperçoit la combe sur la droite avec le sommet nord.

La descente va être éjectée. Je dégomme tout ce qui reste dans mon sac (boisson, nourriture). Comme il fait chaud, les guides nous pressent car ils veulent passer le point technique rapidement.

Au passage technique, ma jambe traverse le pont de neige. Hilarion et Eric, de chaque côté de la cordée, me retiennent. Je m’en sors sans difficulté, heureusement que j’étais encordé. Plus loins, nous échouons misérablement à descendre le mur en glissant sur les fesses. En bas du mur commence l’interminable champ de pénitent qui nous vaudra quelques bonnes gamelles.

Arrivée au camp d’altitude, l’épuisement nous touche. Je m’endors en défaisant mes lacets… Nous avons marché 10h au dessus de 5500m.

Quelques heures de repos plus tard, nous plions nos affaires pour descendre au camp de base. Une descente difficile (raide et glissante), François chutera, mais la perspective de partager un repas d’Eugenia tous ensemble sous la tente mess nous motive.

Nous sommes accueillis à bras ouvert par Marie, Eugenia et Edwin. Le dîner sera une succession d’anecdote sur cette nuit et cette journée infernale et incroyable. Cette nuit, tout le monde dort.

2 thoughts on “Ascension de l’Illimani”

  1. Bien raconté.
    C’est vrai qu’à « 6004 » t’avais très mauvaise mine (à la frontale…) mais que de ressources !!!
    Je pense qu’Hilarion et Marcello savent très bien à ces altitudes qu’il faut pas laisser « hésiter » le client trop longtemps (probablement sous réserve qu’ils sentent qu’il en a encore sous le pied…)
    Qui a pris la photo de la descente où on voit les trois cordées ?
    Amitiés
    François

    1. Merci François. On emmenait pas large sur ce mur. Le soleil est monté plus vite que nous 🙂
      La photo est prise par Edwin et Marie depuis un sommet accessible du camp de base.
      A bientôt
      Guillaume

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